Article paru dans Elle.fr

Soudain, elle se niche dans le cou d’Olivia Cattan, fondatrice de Paroles de femmes. Elle pleure et se cache, petit moineau dans les bras maternels de la militante féministe. Samedi après-midi, Tristane Banon était juchée sur une maigre tribune, place du Châtelet, à Paris, soutenue par de maigres troupes féministes. Par l’intermédiaire Facebook, elle avait lancé, il y a deux semaines, un appel au rassemblement, sur un coup de tête. « Le viol est un crime, la tentative de viol est un crime aussi », « Je veux rester libre de dire non », « Solidarité avec celles qui ont parlé, qui parlent, qui parleront »… Les manifestants ne sont peut-être pas nombreux – tout au plus une centaine -, mais les banderoles et les pancartes sont fièrement brandies.
La jeune femme, qui accuse DSK d’avoir tenté de la violer le 11 février 2003, s’est vue largement critiquer pour cette manifestation, initialement prévue sous les fenêtres du Palais de justice et perçue comme une tentative de pression sur le Parquet de Paris. Au dernier moment, le lieu du rassemblement a changé : ses soutiens se retrouveront donc un peu plus loin. « Je suis assez heureuse de voir que la justice suit son cours. Ils ont décidé jusqu’à présent de traiter Monsieur Dominique Strauss-Kahn comme un justiciable comme un autre (…) J’espère que tout ça finira devant une Cour d’assises », explique Tristane Banon. « Évidemment, j’ai peur. Évidemment, je ne vais pas dormir la veille », répond la romancière, lorsqu’elle est interrogée sur la perspective de sa confrontation avec Dominique Strauss-Kahn, demandée par le Parquet de Paris. Au pied de la tribune, surtout des femmes, mais aussi des hommes. Des anonymes, mais aussi des personnalités, comme Marie-George Buffet, la députée communiste, dont Tristane Banon salue la présence, ou encore l’écrivaine Christine Angot, qui prendra brièvement la parole.

La présence de sa mère et de son avocat
« Je n’ai jamais été féministe en 32 ans et je me suis réveillée le 5 juillet quand j’ai porté plainte », poursuit Tristane Banon devant une nuée de journalistes. « Je ne peux pas admettre que ce soir, il y aura 208 femmes violées et douze seulement dont la parole sera prise en compte, parce que les autres seront vues comme trop belles, trop moches, trop noires, trop étrangères ». car « la victime idéale, c’est celle qui est morte ! », s’insurge-t-elle. Au bord des larmes, épaulée par Olivia Cattan, la jeune femme ne souhaite plus qu’une seule chose : « que les choses changent et qu’il n’y ait pas d’autres Tristane Banon car ce n’est pas drôle aujourd’hui d’être Tristane Banon ». A ce moment-là, de nombreuses personnes scandent « courage Tristane ! »

Dans l’assistance, sa mère, Anne Mansouret, vice-présidente du Conseil général de l’Eure. Mais aussi son avocat, David Koubbi, accompagné de son épouse. Avant que Tristane Banon ne s’empare du micro, une femme de 38 ans les a interpellés, leur remettant « un beau cadeau » pour « Tristane » dans un emballage de Swarovski. Pourquoi ? « Parce que je suis concernée moi aussi ». A ses côtés, une autre femme plus âgée réagit: « Et moi aussi, j’ai mis dix ans à en parler ». Plus loin, une mère a avoué être là parce que « c’est arrivé à sa fille de 15 ans ». Des femmes peu habituées aux manifestations.

Pas d’ADN particulier pour les coupables

Olivia Cattan prend ensuite la parole et dénonce les pressions dont elle fait l’objet dans son soutien à Tristane Banon: « J’ai même été menacée de mort ». Elle précise : « Il ne s’agit pas de bafouer la présomption d’innocence. Nous sommes là pour soutenir Tristane Banon, pour accompagner sa parole ». Fadila Mehal, présidente des Mariannes de la diversité, rappelle « qu’il n’y a pas un ADN particulier pour les coupables, qu’ils ne se recrutent pas que dans les quartiers difficiles, qu’ils peuvent être blancs, instruits et bien mariés » Elle explique son combat « pour que les violences faites aux femmes soient reconnues, à ciel ouvert, sans tabou, ni préjugés ».

C’est justement pour que les choses changent que certaines associations féministes ont entendu l’appel de Tristane Banon et sont venues la soutenir ce samedi après-midi. « On a peur que la plainte qu’elle a déposée contre Dominique Strauss-Kahn soit classée, comme des milliers de plaintes de femmes victimes de viol, de tentative de viol et d’agression sexuelle, le sont régulièrement », explique Clara, militante au sein de la Marche mondiale des femmes. « La loi du silence, c’est ce qui tue les femmes », poursuit-elle. Et d’ajouter : « Tant qu’on considérera les femmes comme des paillassons, on se mobilisera et on espère faire changer les choses ». « C’est toujours la même histoire ! On ne croit pas les victimes, on ne les entend pas », s’insurge Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol. Si son association est présente, c’est par solidarité « féminine et féministe » envers Tristane Banon. « Une victime isolée, seule, a besoin de savoir qu’elle a plein de femmes autour d’elle ».

« Une étape dans l’histoire du féminisme »

Bien plus qu’un simple rassemblement, cet appel lancé par Tristane Banon représente une véritable « étape dans l’histoire du féminisme », insiste Olivia Cattan. « C’est la première fois qu’une victime présumée décide de faire ça toute seule, (…) d’élever sa voix pour se faire entendre ». Tristane Banon « nous a appelées, on a tout de suite dit oui parce que pour nous c’était important, parce que c’est notre travail d’accompagner les victimes présumées », ajoute la présidente de Paroles de Femmes. Alors qu’elle était à la tribune à côté de Tristane Banon, c’est dans ses bras que la jeune femme s’est réfugiée. « Elle craqué, mais on a toutes craqué. Parce que cette souffrance, soit on l’a vécue personnellement, soit on reçoit tous les jours des victimes. On est certes fragiles. Mais on a montré notre force », commente Olivia Cattan.

Pourtant, ce rassemblement n’a pas fait l’unanimité auprès des associations féministes. A la fin, Bouchera Azzouza, ancienne secrétaire générale de Ni Putes ni Soumises ( NPNS) s’agace : « Elles étaient 300 féministes réunies ce matin à la maternité des Lilas, et là il n’y a quasiment personne. Par peur que cela ne pèse dans la campagne et contre le PS. Vous vous rendez compte, on m’a accusée de faire le jeu du Front National ! ». Le cas DSK est une drôle d’épine dans le pied des féministes.

Légende : ce samedi après-midi, lors du rassemblement organisé par Tristane Banon, place du Châtelet, à Paris. La jeune femme fond en larmes lorsque Christine Angot prend la parole à la tribune.

Sophie de Chivré Le 24/09/2011

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES