Des artistes se mobilisent dans la rue pour Paroles de femmes

Personne ne reconnaît… Lara Fabian et Fiona Gélin. Le teint livide, les cheveux sales emprisonnés dans une casquette pour l’une et l’oeil poché pour l’autre, la chanteuse et l’actrice sont peu reconnaissables. Une heure de maquillage, un jean baggy rapiécé, des couvertures sales… Elles sont devenues grises, dérangeantes, invisibles. Et quand on a l’habitude d’être accostée, de susciter la curiosité et d’attirer les foules, ce n’est pas une partie de plaisir, même pour une heure. Il n’y a pourtant aucun cachet à la clé. Si les deux personnalités se sont prêtées à l’expérience, c’est pour la caméra de l’association Paroles de femmes. Pour dénoncer l’indifférence, susciter la réaction et lancer un appel qui sera diffusé la semaine prochaine sur Internet, en faveur des femmes qui se retrouvent à la rue avec leurs enfants. « Ce sont les premières touchées par la crise », les a convaincu Olivia Cattan, la présidente de l’association (lire encadré). « Aidez-moi à secouer les pouvoirs publics ! »

« Le non-regard des gens est stupéfiant »

Pour cet appel, l’écrivain Marek Halter, ou encore le comédien Bruno Wolkovich sont eux aussi passés sous le pinceau des maquilleuses, ont rentré leurs épaules, fixé le bitume, tendu un gobelet. Mais c’est Lara Fabian la plus bousculée par l’exercice. Si les autres, surtout Fiona Gélin qui a brièvement connu la rue il y a vingt ans, ne s’attendaient à rien d’autre qu’à de l’indifférence, la chanteuse belge réprime mal son émotion. Elle cramponne son regard aux visages, essaie d’attirer l’attention. Banco, une passante marque le pas. Son expression fermée bascule en une demi-seconde, elle sourit, la reconnaît, repère les caméras, la réintègre dans le monde des vivants. « C’est affreux… » soupire la chanteuse devant le cynisme inconscient de cette réaction. « Si elle ne m’avait pas reconnue, elle ne m’aurait jamais souri ». Alors Lara Fabian s’assoit sur les marches du métro Péreire et chante. La voix est reconnaissable entre mille et pourtant… Les passants pressés ne s’arrêtent pas davantage. Tout juste ont-ils une demi-seconde de surprise : Tiens, elle chante bien cette pauvre fille. Le gobelet reste quasi vide. Les SDF improvisés sont lessivés. « Les enfants nous ont regardées avec bienveillance », tente de positiver Fiona Gélin au démaquillage. « Moi, j’ai l’impression de n’avoir été qu’un tronc de chair et de sang dans un monde déshumanisé », n’en revient pas Lara Fabian. « Je me sens très impuissante. Le non-regard des gens est stupéfiant. » Dans la pièce, un regard la fixe pourtant avec espoir. Emmanuelle, 45 ans, dont l’entreprise est en faillite et l’appartement vendu à la découpe, est une de ces femmes soutenues par l’association. Elle sera expulsée de son deux-pièces le 26 mai.

Encadré : L’association Paroles de femmes qui milite pour un nouvel ISF, impôt solidarité femme, cherche des fonds pour créer une maison pour les femmes seules avec enfants qui se retrouvent à la rue à la suite d’un divorce, un licenciement, des violences conjugales : « Elles n’ont pas leurs places dans les foyers traditionnels » fulmine Olivia Cattan, Présidente de cette association laïque, crée il y a trois ans. Après avoir demandé en vain au secrétariat d’Etat au logement un recensement des femmes expulsables et des places de foyers libres, elle a demandé aux artistes de l’aider à créer « un Elan citoyen ». La vidéo sera en ligne sur le Parisien.fr.

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES