Fatiha M, 45 ans, mère de 2 enfants, Paris 19e.

Tout se passait bien, il n’était jamais violent jusqu’à la première claque. Il a perdu son boulot et a dû accepter un travail de nuit. Il commençait à 11h et finissait à 6 h. Quand il rentrait, je sentais l’odeur de la cigarette et de l’alcool sans me douter que ce n’était pas tout. Je suis passé le voir un soir, dans cette boîte où il travaillait, il n’était pas dans son état normal. J’ai compris que la poudre blanche avait fini par le rattrapper. rn’, ‘rnC’était la première fois, m’a t-il dit, on lui avait offert, juste de la cocaïne à snifer, tout le monde le fait paraît-il. Un soir, avant d’aller travailler, je lui ai demandé de ne pas faire de bétises et une dispute a éclaté. J’aimais beaucoup cette table en verre offerte par nos amis. Sans raison et par surprise, il attrapa mes cheveux et me cogna la tête dessus. Puis voyant le sang coulait, il se mit à pleurer comme un enfant. Tout ça peut paraître banal, mais je ne sais pas comment les femmes font pour pardonner. J’ai mis du temps à le faire mais je l’ai fait et pendant plusieurs mois, rien ne se passa jusqu’au jour où lors d’une dispute dont j’ai oublié le motif, il prit un coussin pour m’étouffer puis il enserra mon cou de toutes ses forces. Il était rentré ivre et plein de substances. Je réussi à me défendre et à me dégager. Mon cou était violet, les marques de strangulations étaient encore sur mon cou quand je partis en pleine nuit dans la rue comme une folle. Ma mère m’avait raconté comment elle et papa s’étaient rencontré, aimé. Comment l’amour était un loukoum plein de douceur mais cet amour là, personne ne m’avait mis en garde, personne ! L’amour n’était pour moi qu’un poison et même si j’ai eu le courage de partir, je n’avais plus le courage d’aimer jusqu’à lui, qui est devenu le père de mes enfants et qui est musulman aussi. La violence n’est pas une question de religion mais déducation. Amputée de ces années, je n’ai jamais raconté et lorsqu’Olivia me l’a demandé, en me disant que peut-être cela aiderait d’autres femmes, je me suis dis qu’à 45 ans, il était temps d’oser assumer cette partie de ma vie dont je ne suis pas fière. C’est à moi que j’en veux, j’ai honte de ma faiblesse, de ma bétise. Personne ne doit accepter d’entendre, tu m’a poussé à bout. Il n’y a pas de pardon car l’amour, ce n’est pas ça. Vous n’êtes pas responsables de sa violence, de sa lacheté et celui qui un jour vous frappe, recommencera demain. Au premier coup, partez. Bouchez-vous les oreilles, fermez votre coeur et partez tant que vous le pouvez encore. Les séquelles physiques ont presque disparues mais celles du coeur sont toujours là.

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES