Emmanuelle, 45 ans, gérante de société, expulsée

Dans la réalité, les ordonnances d’expulsions continuent de fleurir. Emmanuelle, 45 ans, gérante de société et mère de famille, témoigne de sa situation. Son avocat a demandé un délai au tribunal le temps de trouver une solution d’hébergement pour elle et sa fille. Les délais lui ont été refusés. En guise de réponse, le tribunal a ordonné son expulsion le 26 mai 2009. « Mon avocat n’a jamais été confronté à ce type de refus. Que l’on ne puisse obtenir de délais est totalement inhabituel, mais là, visiblement, le groupe immobilier en question est trop puissant », dit-elle.

Divorcée depuis 2004 et partageant la garde alternée de son enfant avec son ex-mari, elle a toujours été autonome. Elle qui travaille depuis 25 ans, a exploré divers domaines professionnels tels que la comptabilité, le marketing ou encore la production discographique. Quand elle arrive dans le milieu du tourisme, elle ne se pose pas trop de questions : la profession fonctionnait plutôt bien puisque son salaire grimpa jusqu’à 2500 euros. Mais la perte d’un gros client, ajoutée à la crise économique, a eu raison de ses efforts de gestionnaire. Ses revenus mensuels sont tombés à 1700 euros.

Le montant du loyer de son appartement, type deux pièces de 50 mètres carrés, qu’elle occupe à Courbevoie, propriété d’un grand groupe immobilier parisien, est de 950 euros hors charges. L’électricité, le gaz et le chauffage s’ajoutent aux factures. Avec un salaire diminué, elle n’a plus été en mesure d’honorer son loyer, ce qui lui vaut de se retrouver dans la situation d’une personne proche de l’expulsion.

La gérance d’une société n’ouvre pas de droits à quelque aide sociale que ce soit : « Pour avoir droit à une aide, il faudrait que je sois beaucoup plus pauvre. On m’a suggéré de faire un dossier de surendettement. Pour l’instant, c’est la famille qui ponctuellement met la main à la poche. Pour le relogement, un appartement d’à peine 40 mètres carrés pour 750 euros par mois m’a été proposé mais je ne suis plus en mesure d’assumer ce loyer. »

Emmanuelle, pour la petite histoire, a déposé en 2002 une demande de logement à la mairie de Levallois, où elle travaille depuis 12 ans ainsi qu’à Courbevoie…

Pour l’heure, des amis lui ont proposé de l’héberger, mais le souci d’Emmanuelle, c’est sa fille, qui, selon sa mère, ressent déjà le traumatisme de l’expulsion. « Je vis au jour le jour. Quand j’étais plus jeune, j’ai vécu des galères, mais aujourd’hui, c’est un non sens, une pure hallucination. »

Face à l’Etat qui semble impuissant à régler la situation des personnes – et particulier des femmes – expulsées de leur logement, Olivia Cattan, présidente de l’association Paroles de Femmes, propose de lancer un nouvel impôt : ISF, l’impôt de solidarité féminine. Une initiative parrainée par des personnalités telles que Bernard de la Villardière, Marc Levy ou Ariel Wizman. Pour un euro, chaque citoyen pourra montrer sa solidarité avec ces femmes SDF et aider Paroles de Femmes à construire « La Maison des Citoyennes », une lieu d’accueil et d’accompagnement qui sera destiné « aux femmes SDF, aux mères isolées, aux femmes victimes de violences psychologiques et physiques ».

Nadia Méhouri

Pour le Bondy Blog

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES