Femmes, les oubliées de la République

Et pourtant les femmes ont marqué l’histoire : De la révolution française aux différentes guerres où les femmes ont remplacé les hommes sur les chantiers, dans les usines pour faire marcher l’économie du pays. Résistantes, héroïnes de guerre, leurs revendications ont fait avancer la société. Alors que leurs droits semblaient acquis, la nouvelle femme n’existe que par son image sexuelle. Alors que les femmes se sont battues pour porter des pantalons, aujourd’hui, elles doivent se battre pour avoir le droit de porter des jupes à cause d’un retour des traditions religieuses ancestrales qui menacent la liberté des femmes. Déshumanisées, les femmes peuvent alors être insultées, violentées, dégradées. Les chansons Saint-Valentin ou Sale P*te du rappeur Orelsan choquent tous ceux et toutes celles qui se sont battues et continueront à se battre pour rendre toute sa dignité à la femme. Elles correspondent malheureusement à un état d’esprit répandu dans notre société, notamment chez les plus jeunes. Cette violence morale accompagne autant qu’elle alimente et légitime la violence physique. 10% des femmes sont victimes quotidiennement de violences conjugales et une femme meurt des suites des brutalités de son conjoint tous les deux jours et demi. Le drame de Fatima, cette jeune femme jugée trop libre par son frère qui l’a étranglée et en a brûlé le corps le 1er juillet dernier, est l’archétype d’une détresse devenue insupportable car trop quotidienne et presque banalisée.

Le taux de l’activité féminine a bondi de 15 points au cours des trois décennies passées. Des femmes accèdent ou ont pu se présenter aux plus hautes dignités, professionnelles et politiques : Edith Cresson, Christine Lagarde, Michèle Alliot-Marie, Ségolène Royal, Laurence Parisot. C’est vrai. Pourtant lorsque l’on interroge les jeunes filles d’aujourd’hui, très peu d’entre elles ont une stratégie de carrière, se voyant davantage réduites à n’être que des femmes aux foyers, des mères de famille ! La cause de cet état de fait ? Un manque d’éducation à l’égalité des sexes, une inégalité professionnelle et salariale qui n’encouragent pas cette nouvelle génération féminine à se projeter dans une carrière professionnelle. Parce que naître femme en France, c’est l’assurance d’être orientée vers les métiers socio-médicaux, de services à la personne, d’assistance de direction, d’être payée 27% de moins que les hommes à compétence égale, d’occuper des CDD, d’avoir un accès moindre à la formation professionnelle. Parce que naître femme en France, c’est l’opportunité de ne pas accéder aux postes à responsabilité : les femmes sont 8% dans les conseils d’administration des 500 plus grandes entreprises françaises, 18,5% sur les bancs de l’Assemblée nationale, 21% au Sénat et un tiers au  gouvernement, 35% au Parlement européen. En fait, naître en femme en France, c’est être l’avenir de l’homme à condition de ne pas lui faire d’ombre. La fatalité ne saurait nous tenir de guide. Les mentalités changent moins vite que l’ordre politique lorsque la volonté d’agir fait défaut. Le Président de la République avait promis pendant sa campagne présidentielle de faire passer des droits des femmes de virtuels à réels et de faire de la cause des femmes, une priorité nationale. La révision de la Constitution de juillet 2008 a constitué un premiers pas. Initiée par le gouvernement, la concertation entre les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle qui se déroulera à l’automne, permettra une deuxième avancée en obligeant les entreprises côtées à ouvrir leur conseil d’administration à 40% de femmes sous peine de sanction financière. Bienvenues, ces évolutions méritent d’être soutenues et rendues plus visibles.

Depuis Françoise Giroud, la politique en faveur des droits des femmes a tant et si bien progressé qu’elle ne semble plus justifier l’existence d’un ministère ou d’un secrétariat d’État la concernant seule. Ce sujet est noyé parmi d’autres, jusqu’à disparaître de l’intitulé des portefeuilles ministériels. La femme ne serait-elle plus qu’une sous-politique au sein des affaires sociales ou de la politique de la famille ?

Pas tout à fait. Améliorer la condition féminine impose de s’attaquer aux stéréotypes que les manuels scolaires véhiculent, à faire de la prévention en matière de violences et de préjugés sexistes dans les Etablissements scolaires, à la lutte contre la précarité qui touche principalement les femmes, à la santé, à la conciliation entre temps familial et temps professionnel, à l’intégration des femmes immigrées, à la promotion des femmes en politique…Il est temps aussi de créer un nouvel ISF, Impôt de Solidarité Féminine d’1€ afin de construire des maisons citoyennes, foyers d’accueil, d’accompagnement et de réinsertion pour les mères isolées.

Ouvrir et progresser sur l’ensemble de ces chantiers nécessite la désignation d’un pilote disposant des compétences et de l’autorité pour la coordination les différents services ministériels concernés. Un ministère délégué aux droits des femmes, à la Parité, rattaché au Premier Ministre est incontournable. Les femmes, les responsables associatifs, les partenaires sociaux, nos partenaires européens attendent le retour d’un tel ministère.

La journée de la femme fêtera son centenaire le 8 mars prochain. L’occasion de faire preuve du volontarisme suffisant pour que les femmes ne soient plus les oubliées de la République les 364 autres jours de l’année.

La cause des femmes est une cause universelle et ne peut être reléguée au second plan mais constituer une priorité nationale parce que le progrès de l’humanité se mesure au degré de liberté des femmes.

 

 

 

 

.

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES