« Le Dialogue Judéo-Musulman au Féminin »

« A l’heure de la montée des intégrismes, des attentats qui sèment la terreur, à l’heure ou l’Iran revisite les thèses négationnistes et où les tensions entre communautés couvent, il est important aujourd’hui de multiplier les tentatives de rapprochement entre juifs et musulmans. Notre livre est, en raison de tout cela, un espoir dans ce climat d’incompréhension et de violence.

Tout a commencé lorsque Kenza m’a contacté, par l’intermédiaire de sa maison d’édition, il y a de cela deux ans, j’étais très partagée et hésitante. Je n’avais pas envie d’écrire un énième livre sur la prétendue amitié entre juifs et musulmans. Je voulais dépasser les faux-semblants. Je voulais que pour une fois, on se dise les choses, que l’on crève l’abcès en parlant librement à cœur ouvert. Nous avons tous mis sur la table nos points de rapprochement, nos points de discorde, nos préjugés, les clichés que nous avions l’une sur l’autre. Et c’est ainsi que l’écriture de ce livre a pu commencé. Plus d’une fois, nous nous sommes heurté, engueulé, raccrocher au nez. Plus d’une fois j’ai pensé que nous ne parviendrions pas à terminer ce livre et pourtant nous y sommes arrivé. Nous avons appris à nous connaître. Nous avons commencé à découvrir la religion, les rites, les coutumes de l’autre. Nous avons appris petit à petit à nous faire confiance.

Pour arriver à un véritable dialogue, il était important de garder notre sens critique et de l’appliquer avec objectivité à nos propres religions. Nous avons regardé chacune notre propre religion afin, non de la critiquer, mais de voir ses failles et ses injustices. Nous avons vu que le statut de la femme n’était pas égalitaire, nous avons vu que nous avions beaucoup de choses en commun.

Notre livre est sorti à un moment de grande crispation communautaire et de profond désarroi pour la communauté juive. En effet, quelques jours après sa sortie, Ilan Halimi était découvert mort après avoir été torturé avec la plus grande barbarie.

L’accueil de ce livre a tout d’abord été difficile à vivre. Certaines personnes de nos communautés regardaient avec méfiance cette alliance judéo-musulmane. Il a fallu plusieurs mois pour qu’enfin notre livre fut compris et accepté. Nous avons eu le droit à des insultes, des menaces. Non seulement, le fait d’avoir écrit un livre ensemble gênaient nos communautés mais en plus le fait d’évoquer le statut non égalitaire des femmes dans nos religions en a fait bondir plus d’un. Que l’on ose aborder ces sujets et en plus qu’on le fasse ensemble était pour certains un tabou.

Plus les gens nous attaquaient, plus nous devenions soudées. Chacune s’est mise alors à défendre l’autre. Face à ces critiques, nous n’étions ni juives ni musulmanes mais seulement deux femmes, deux amies qui voulaient aller l’une vers l’autre et défendre des idées de dialogue, de tolérance et de paix. Ce livre a prouvé que nous étions proches humainement, qu’importe nos religions, que nous pouvions face à l’adversité, être solidaires l’une avec l’autre, que nous n’étions pas prédestinées à n’être que des ennemies. Nous avons pris conscience que nos adversaires sont ceux qui rejètent l’autre, ceux qui s’enferment dans leur peur, ceux qui véhiculent la haine et l’extrémisme tel qu’il soit. Notre livre est une passerelle pour le dialogue entre juifs et musulmans, pour le partage des même valeurs républicaines, pour le respect des convictions religieuses de chacun.

A la suite de ce livre, j’ai reçu de nombreux témoignages d’encouragements pour notre action. Je ne voulais pas que tout ce que nous avions semé, s’arrête. Alors j’ai décidé de créer une association de femmes de toutes confessions. En 4 mois d’existence, l’association Paroles de femmes, compte plus de 700 femmes. Lors de notre premier gala, qui a eu lieu le 7 mars à Paris, plus de 800 personnes étaient présentes. Hommes et femmes laïques, femmes musulmanes voilées ou non, femmes juives orthodoxes. Femmes africaines, asiatiques. Les unes, assises à côté des autres étaient venues partager des débats, un buffet en toute convivialité. Malheureusement malgré la présence de nombreux journalistes, la visite d’hommes politiques a plus intéressé les médias que cette journée de pure fraternité. La Presse mettant en avant plus souvent les tensions de nos communautés que ces moments d’amitié judéo-musulmane. C’est aussi pour cela qu’il faut être persévérant et continuer à diffuser ce message d’amitié et multiplier les actions. Il nous faut tisser, à travers toute l’Europe, un lien de solidarité. Paroles de femmes s’engage à défendre cette fraternité judéo-musulmane au nom de nos valeurs universelles communes. »

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES