Le statut de la femme en débat dans le judaïsme

« J’ai dénoncé la crispation des communautés juives orthodoxes à propos de la séparation hommes-femmes dans les synagogues, des lois liées à la pureté familiale ou au divorce religieux », raconte Olivia Cattan, qui reconnaît avoir ainsi « ouvert le débat ». À la suite de ce livre, elle reçoit une cinquantaine de lettres de femmes, dont plusieurs témoignent de leurs difficultés à obtenir le « guèt », document délivré par le mari pour valider un divorce religieux.D’après le droit juif fondamental, en effet, une femme divorcée civilement ne peut pas vivre maritalement avec un autre homme sans avoir obtenu une reconnaissance de divorce religieux, au risque sinon d’être qualifiée d’adultère et de voir son éventuelle descendance de second lit considérée comme « mamzer » (bâtarde) par la loi juive. Ces enfants, n’étant pas reconnus comme juifs, sont alors obligés de faire une démarche de « conversion » au judaïsme.

« Urgence à résoudre ce scandale »

La femme juive est donc dépendante d’un divorce religieux en bonne et due forme. Cela donne lieu, parfois, à des chantages du mari. « Des amies qui sont en train de divorcer doivent négocier leur “guèt” 10 000 € », raconte Olivia Cattan. Si l’homme refuse obstinément de délivrer le guèt ou s’il disparaît, la femme se retrouve agounot, c’est-à-dire enchaînée, dans l’interdiction de contracter un nouveau mariage religieux.« Actuellement, dans le monde, plusieurs dizaines de milliers de femmes juives sont piégées par cette situation », estime le rabbin parisien Rivon Krygier, de la communauté Adath-Shalom, dans le mensuel juif L’Arche (2). Il y a donc « urgence à résoudre ce scandale », selon Joëlle Bernheim, épouse du rabbin orthodoxe Gilles Bernheim, qui s’exprime dans ce même dossier consacré à l’égalité de l’homme et de la femme dans le judaïsme.Avec le soutien de l’association Paroles de femmes, Olivia Cattan a lancé à l’automne dernier une pétition en faveur de « l’égalité hommes-femmes dans notre société comme dans nos religions », demandant notamment que les femmes juives puissent « disposer en toute égalité du droit de divorcer » (La Croix du 8 novembre 2006).

« Il faut voir si les grands rabbins pourront accepter cela »

En quelques semaines, la pétition reçoit 430 signatures dont celles d’Isabelle Adjani, Rika Zaraï, Élisabeth Badinter, Marek Halter, mais aussi Corinne Lepage, Marie-Claude Pietragalla ou Luc Ferry. La jeune femme, particulièrement dynamique, est également en lien avec des personnalités comme Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, ou l’historien Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris. Son combat a fait l’objet d’articles dans la presse israélienne. Et ces jours-ci, elle est invitée à Bruxelles, à une rencontre de rabbins nord-américains et européens. Elle doit aussi prochainement rencontrer Dalil Boubakeur, qui aimerait fonder un mouvement de femmes dans le cadre de la Grande Mosquée de Paris.Au sein du consistoire israélite, les choses avancent également. Fin décembre, Olivia Cattan a été reçue par Joël Mergui, président du consistoire de Paris, et lui a proposé une idée du comité de réflexion de Paroles de femmes pour résoudre le problème du divorce religieux : avant le mariage, le futur époux prendrait l’engagement, sous la forme d’un acte consistorial, de remettre en cas de divorce civil le libellé de divorce religieux à sa femme. Ce consentement prénuptial serait octroyé par le futur mari sans conditions et de manière irrévocable. « Il faut voir maintenant si les grands rabbins pourront accepter cela », sourit la jeune femme, qui souligne son souci de voir respecter les lois de la république et de rester fidèle à la halakha (loi juive) : « Il ne s’agit pas de changer la loi juive, mais de la contourner, comme on l’a fait pour la polygamie. » Et de rappeler que la polygamie, religieusement autorisée chez les juifs d’Afrique du Nord jusque dans les années 1950, a cessé non par un interdit, mais parce que les rabbins l’ont déconseillée.

« Que ces femmes prennent leur destin en main. »

De même, Olivia Cattan a abordé devant Joël Mergui la question de la séparation entre hommes et femmes dans les synagogues orthodoxes. Une séparation (mehitsa) qui cantonne souvent les femmes dans des lieux exigus, où elles ne voient et n’entendent pas grand-chose. « J’ai proposé que, lors de la construction de nouvelles synagogues, on prenne modèle sur les édifices orthodoxes de Bruxelles où il n’y a pas de séparation entre les hommes devant et les femmes derrière », poursuit-elle, précisant que cette mehitsa ne vient pas de la Torah, mais d’une coutume introduite au XIIe siècle.Amenée à rencontrer les communautés juives orthodoxes en Allemagne, en Belgique ou en Grande-Bretagne, Olivia Cattan découvre que, dans ces pays, les femmes juives bénéficient davantage du soutien des rabbins. « En France, le judaïsme est l’un des plus fermés », regrette-t-elle, avant d’ajouter que les choses bougent vite : « Il y a un an, une telle rencontre pour évoquer ces sujets avec un rabbin du consistoire était difficile ! »Quant aux lois liées à la pureté familiale, qui imposent entre autres aux femmes de certaines communautés d’obtenir l’autorisation de leur rabbin avant de se faire prescrire un contraceptif par leur médecin, la jeune femme sait qu’il s’agit de questions délicates, sur lesquelles il n’est pas possible de mobiliser massivement. « J’aimerais seulement faire comprendre aux femmes concernées que c’est à elles de s’émanciper, insiste-t-elle. Que ces femmes prennent leur destin en main. »

Claire LESEGRETAIN

(1) Ramsay, 220 p., 16 €.

(2) Dossier « La femme juive est-elle l’égale de l’homme juif ? », dans L’Arche n° 583, novembre 2006 (le numéro : 6 €).

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES