Les insupportables injustices du divorce religieux

En France, une journaliste, Olivia Cattan (voir interview) a choisi de mettre la question sur la place publique. Ce que tous dénoncent, c’est une certaine dérive dans l’application de la loi juive et dont les femmes sont les principales victimes. Soumises au bon vouloir de leur mari, elles doivent parfois attendre des années avant d’obtenir le divorce et céder parfois à une véritable extorsion de fond. Ainsi ce témoignage recueilli par Olivia Cattan : « Mon mari, atteint de schizophrénie, refusait de divorcer. Il était devenu très violent et refusait de se présenter au tribunal rabbinique. Il a fallu que j’engage deux gardes du corps pour pouvoir entamer le dialogue avec lui. J’ai dû lui proposer une forte somme d’argent afin qu’il accepte le divorce. »

Sur Internet, le site francophone de réponse cheela.org répond chaque semaine à des questions de ce type : « Ma cousine désire divorcer religieusement (elle l’est déjà civilement) mais son ex-mari refuse. Cela fait quatre ans qu’il ne donne plus de nouvelles, même pas à ses enfants. Il ne verse même pas la pension depuis ce temps. Ma cousine est désespérée. Elle voudrait se remarier religieusement avec son nouveau mari. Comment peut-elle faire ? »

Ou encore : « Je suis en instance de divorce depuis maintenant un an, je n’ai donc toujours pas pu recevoir le guet. Est-il normal que je ne puisse pas le recevoir avant le divorce civil, sachant que mon mari a une relation avec une autre femme depuis bientôt un an (deux mois après notre séparation) ? Comment puis-je faire accélérer cela ? »

La relation conflictuelle entre deux époux n’est pas toujours en cause. La loi juive exigeant un acte de divorce en bonne et due forme avant d’autoriser un remariage, les épouses dont le mari a disparu se retrouvent dans une véritable impasse.

Olivia Cattan donne ainsi l’exemple d’une femme israélienne dont le mari a été porté disparu lors de la première guerre du Liban. Elle n’a jamais pu se remarier religieusement car les rabbins exigent une preuve de la mort.

Après la parution de son livre, Olivia Cattan a reçu beaucoup de lettres de femmes mais aussi d’hommes. Même si le phénomène est plus marginal, certaines femmes utilisent le moyen de pression du guet pour obtenir des concessions du mari dans le cadre d’un divorce conflictuel.

Ces dysfonctionnements, qui empoisonnent la vie de milliers de Juives et de Juifs à travers le monde, peuvent trouver une solution dans le cadre de la Halakha, comme l’explique le rav Elie Kahn (voir interview). Mais le système est particulièrement rétif au moindre aménagement. Récemment, une grande conférence rabbinique devait se tenir à Jérusalem sur cette question. Elle a été annulée au dernier moment.

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES