Les modules de discriminations sexistes dans le journal : »La Vie »

Sexisme à l’école : Paroles de Femmes déconstruit les clichés

Il est onze heures et la cloche retentit dans les couloirs du Collège Georges Rouault, à Pantin, dans le 19ème arrondissement de Paris. Comme dans tout établissement, ça chahute dans les couloirs entre deux cours. D’autant que celui qui arrive n’est pas tout à fait comme les autres. Pour la première fois depuis la rentrée scolaire, les élèves de 4ème ont rendez-vous avec l’association Paroles de Femmes. L’année dernière déjà, ils ont eu droit à plusieurs interventions. Mais aujourd’hui, c’est la reprise. Créée en 2006 par Olivia Cattan, journaliste et écrivain, l’association a pour vocation de lutter pour l’égalité hommes-femmes dans notre société. Entre autres initiatives politiques et sociales, Paroles de Femmes intervient, donc, dans différents collèges de Paris et sa banlieue. Au programme : des « cours » d’éducation à l’égalité des sexes et à la mixité, la citoyenneté et les droits humains. Une heure, tous les quinze jours, pour rétablir certaines vérités, déconstruire les clichés et les préjugés, en particulier sur les rapports garçons-filles. Georges Benguigui, principal adjoint du collège Rouault, a fait appel à l’association suite à certains problèmes de comportements dans son établissement : « Quand les filles sont en jupe, ou trop féminines elles sont perçues comme légères ou aguicheuses. Du coup, les garçons se croient tout permis et disent que c’est de la faute des filles qui éveillent volontairement leurs désirs », explique-t-il. Dur à entendre de nos jours. Et pourtant, la réalité est là. Dans ce collège classé ambition réussite, les clichés ont la vie dure. Quand Olivia Cattan demande, pour débuter son cours : « Pensez-vous que les hommes et les femmes sont égaux ? », la réponse fuse : « Non, les filles font la vaisselle, les gars ne font rien à part regarder la télé ! ». Forcément, à la maison, c’est souvent comme cela que ça se passe. « Entre leurs cultures, leurs traditions et le reste, ils ont du mal à y voir clair. Alors leur faire savoir qu’on peut penser autrement, c’est déjà énorme », assure Olivia Cattan. Le but de Paroles de Femmes : tenter d’améliorer le vivre ensemble dans ces établissements où l’ignorance et le manque de repères créent des tensions inutiles et nuisibles. Nadia Méhouri, bénévole de l’association, confirme : « Certains posent des questions d’une incroyable naïveté. Certaines évidences sont ignorées. En rappelant tout simplement que certaines femmes font des métiers supposés d’hommes, ou que Rachida Dati ou Ségolène Royal ont été ministre ou candidate à la présidentielle, on les met face à leurs contradictions… » Pour tenter de captiver l’attention des élèves, Olivia propose des exercices pratiques : deux jeunes viennent au tableau. Un garçon, une fille. Ils doivent jouer une petite scène écrite par l’équipe de Paroles de Femmes. Sauf que le garçon joue la fille et inversement. On se met dans la peau de l’autre pour mieux comprendre ce qu’il peut ressentir. Drôlement efficace quand les garçons réalisent à quel point ils peuvent être machos ! Côté théorie, certains chiffres parlent d’eux même et font réagir. Lorsqu’Olivia apprend aux élèves qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou que 48 000 femmes sont violées chaque année, ils n’y croient pas… Et le brouhaha de la classe diminue légèrement sous le poids de l’information. Olivia Cattan aime à dire qu’elle essaie de « planter une petite graine dans la tête de ces jeunes qui, peut-être, germera ». Nadia Méhouri ne dit pas autre chose : « Peut-être que certaines filles pourront éviter des situations critiques en se souvenant de ce que nous tentons de leur inculquer ici. Elles oseront s’affirmer car elles sauront qu’une autre réalité existe pour les femmes en dehors de celle qu’elles connaissent». Le jour où la petite Sarah, devenue adulte, sera confrontée à la possibilité ou pas, de mettre la burqua, comme le fait aujourd’hui sa soeur,  peut-être se souviendra-t-elle des paroles de femmes qu’elle aura entendu au collège…. Et les garçons seront peut-être plus respectueux des filles. Mohamadou, lui, en a déjà pris de la graine : « Depuis que je suis les cours de Paroles de Femmes, je suis plus gentil avec les filles, je leur parle mieux, et à la maison j’aide plus ma mère et mes soeurs ». Pourvu que ça dure…

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES