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Analyse et Publication

Emprise

Fiche détaillée :

Auteur : Hannah, Z. Izabaneche
Editeur : Editions Privé
Date de parution : octobre 2006
ISBN : 2350760367

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La presse en parle

Paroles de femmes sur Direct 8

La jeune et talentueuse réalisatrice Florence Colombani dont le film, sorti le 10 janvier 2007, « l’étrangère » est un pur joyau cinématographique, a également exprimé son soutien à notre action en devenant adhérente de Paroles de femmes.

Cette émission sera diffusée le samedi 13 janvier 2007 à 22h 15.

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Manifestation

Paroles de femmes aux côtés de Mélanie Betancourt

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Communiqués

Le statut de la femme en débat dans le judaïsme

« J’ai dénoncé la crispation des communautés juives orthodoxes à propos de la séparation hommes-femmes dans les synagogues, des lois liées à la pureté familiale ou au divorce religieux », raconte Olivia Cattan, qui reconnaît avoir ainsi « ouvert le débat ». À la suite de ce livre, elle reçoit une cinquantaine de lettres de femmes, dont plusieurs témoignent de leurs difficultés à obtenir le « guèt », document délivré par le mari pour valider un divorce religieux.D’après le droit juif fondamental, en effet, une femme divorcée civilement ne peut pas vivre maritalement avec un autre homme sans avoir obtenu une reconnaissance de divorce religieux, au risque sinon d’être qualifiée d’adultère et de voir son éventuelle descendance de second lit considérée comme « mamzer » (bâtarde) par la loi juive. Ces enfants, n’étant pas reconnus comme juifs, sont alors obligés de faire une démarche de « conversion » au judaïsme.

« Urgence à résoudre ce scandale »

La femme juive est donc dépendante d’un divorce religieux en bonne et due forme. Cela donne lieu, parfois, à des chantages du mari. « Des amies qui sont en train de divorcer doivent négocier leur “guèt” 10 000 € », raconte Olivia Cattan. Si l’homme refuse obstinément de délivrer le guèt ou s’il disparaît, la femme se retrouve agounot, c’est-à-dire enchaînée, dans l’interdiction de contracter un nouveau mariage religieux.« Actuellement, dans le monde, plusieurs dizaines de milliers de femmes juives sont piégées par cette situation », estime le rabbin parisien Rivon Krygier, de la communauté Adath-Shalom, dans le mensuel juif L’Arche (2). Il y a donc « urgence à résoudre ce scandale », selon Joëlle Bernheim, épouse du rabbin orthodoxe Gilles Bernheim, qui s’exprime dans ce même dossier consacré à l’égalité de l’homme et de la femme dans le judaïsme.Avec le soutien de l’association Paroles de femmes, Olivia Cattan a lancé à l’automne dernier une pétition en faveur de « l’égalité hommes-femmes dans notre société comme dans nos religions », demandant notamment que les femmes juives puissent « disposer en toute égalité du droit de divorcer » (La Croix du 8 novembre 2006).

« Il faut voir si les grands rabbins pourront accepter cela »

En quelques semaines, la pétition reçoit 430 signatures dont celles d’Isabelle Adjani, Rika Zaraï, Élisabeth Badinter, Marek Halter, mais aussi Corinne Lepage, Marie-Claude Pietragalla ou Luc Ferry. La jeune femme, particulièrement dynamique, est également en lien avec des personnalités comme Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, ou l’historien Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris. Son combat a fait l’objet d’articles dans la presse israélienne. Et ces jours-ci, elle est invitée à Bruxelles, à une rencontre de rabbins nord-américains et européens. Elle doit aussi prochainement rencontrer Dalil Boubakeur, qui aimerait fonder un mouvement de femmes dans le cadre de la Grande Mosquée de Paris.Au sein du consistoire israélite, les choses avancent également. Fin décembre, Olivia Cattan a été reçue par Joël Mergui, président du consistoire de Paris, et lui a proposé une idée du comité de réflexion de Paroles de femmes pour résoudre le problème du divorce religieux : avant le mariage, le futur époux prendrait l’engagement, sous la forme d’un acte consistorial, de remettre en cas de divorce civil le libellé de divorce religieux à sa femme. Ce consentement prénuptial serait octroyé par le futur mari sans conditions et de manière irrévocable. « Il faut voir maintenant si les grands rabbins pourront accepter cela », sourit la jeune femme, qui souligne son souci de voir respecter les lois de la république et de rester fidèle à la halakha (loi juive) : « Il ne s’agit pas de changer la loi juive, mais de la contourner, comme on l’a fait pour la polygamie. » Et de rappeler que la polygamie, religieusement autorisée chez les juifs d’Afrique du Nord jusque dans les années 1950, a cessé non par un interdit, mais parce que les rabbins l’ont déconseillée.

« Que ces femmes prennent leur destin en main. »

De même, Olivia Cattan a abordé devant Joël Mergui la question de la séparation entre hommes et femmes dans les synagogues orthodoxes. Une séparation (mehitsa) qui cantonne souvent les femmes dans des lieux exigus, où elles ne voient et n’entendent pas grand-chose. « J’ai proposé que, lors de la construction de nouvelles synagogues, on prenne modèle sur les édifices orthodoxes de Bruxelles où il n’y a pas de séparation entre les hommes devant et les femmes derrière », poursuit-elle, précisant que cette mehitsa ne vient pas de la Torah, mais d’une coutume introduite au XIIe siècle.Amenée à rencontrer les communautés juives orthodoxes en Allemagne, en Belgique ou en Grande-Bretagne, Olivia Cattan découvre que, dans ces pays, les femmes juives bénéficient davantage du soutien des rabbins. « En France, le judaïsme est l’un des plus fermés », regrette-t-elle, avant d’ajouter que les choses bougent vite : « Il y a un an, une telle rencontre pour évoquer ces sujets avec un rabbin du consistoire était difficile ! »Quant aux lois liées à la pureté familiale, qui imposent entre autres aux femmes de certaines communautés d’obtenir l’autorisation de leur rabbin avant de se faire prescrire un contraceptif par leur médecin, la jeune femme sait qu’il s’agit de questions délicates, sur lesquelles il n’est pas possible de mobiliser massivement. « J’aimerais seulement faire comprendre aux femmes concernées que c’est à elles de s’émanciper, insiste-t-elle. Que ces femmes prennent leur destin en main. »

Claire LESEGRETAIN

(1) Ramsay, 220 p., 16 €.

(2) Dossier « La femme juive est-elle l’égale de l’homme juif ? », dans L’Arche n° 583, novembre 2006 (le numéro : 6 €).

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Analyse et Publication

Le vécu juif au féminin : soumission et délivrance ?

La libération de la femme moderne passe-t-elle comme le disait Simone de Beauvoir, par le refus de la vie conjugale et de la maternité, considérées comme des chaînes d’oppression et d’aliénation ?

Je ne pense pas que la définition de la femme moderne soit synonyme d’un refus d’une vie conjugale associé à un refus de maternité. Bien au contraire la femme moderne d’ aujourd’hui est une femme qui a un rôle social dans notre société, qui travaille, qui est une épouse et une mère et qui tente de concilier tout ces rôles en même temps.

Pour cela, il faut tout d’abord que la femme soit l’égale de l’homme dans son foyer avec un partage égalitaire des tâches, qu’elle possède le même pouvoir de décision et de responsabilité au sein de son foyer.

Concernant la maternité, il faut qu’elle dispose librement de son corps et de son désir de maternité. Qu’elle dispose du droit de contraception en toute liberté de conscience, sans pression extérieure.

La femme moderne est une femme qui vit sa sexualité comme elle l’entend et qui décide avec son partenaire amoureux de la conception d’un enfant, au moment où chacun d’eux le souhaite.

L’image de la femme moderne par Simone de Beauvoir ou par cette génération de féministes du début du siècle n’est plus aujourd’hui d’actualité. La société a évolué, notre combat actuel n’est pas d’obtenir le droit de vote ou le droit à la contraception même s’il faut être vigilante afin de conserver les acquis obtenus.

Aujourd’hui les femmes ont d’autres combats à mener : concilier leur spiritualité, leurs rôles et leurs désirs de femmes, d’épouses, de mères et leurs vies professionnelles.

Transmettre à leurs enfants des valeurs morales, les éduquer, leur donner les bagages nécessaires pour les armer suffisamment pour faire face à la société moderne et à ses dangers.

Les nouveaux défis de la femme moderne sont d’Obtenir les mêmes salaires que les hommes, endiguer toutes les formes de violences psychologiques ou physiques. Se libérer du poids ancestral de la religion et de certaines traditions appartenant à un temps révolu. Arrêter de subir le regard accusateur et culpabilisant au sein de leurs familles ou de leurs institutions religieuses et communautaires.

Pour répondre à la deuxième question de ce débat : » la tradition juive offre t-elle une issue créatrice et salutaire aux tensions et aux conflits de la femme contemporaine, tiraillée entre la fidélité aux valeurs éthiques du foyer et le désir de rupture avec un ordre misogyne ? »

Je pense que le mot tradition n’est pas approprié, je parlerais plutôt de pratiques religieuses, la véritable question est de se demander si la religion juive est compatible avec la femme moderne ?

Tout dépend de l’interprétation des textes de la Halakha et à quelle communauté l’on appartient.

Puisque la tradition juive diffère entre les mouvements orthodoxes, ultra orthodoxes, loubavich, libéraux, massorti…

Couvrir ses cheveux ou certaines parties de son corps appartient à la liberté de conscience de la femme mais en ce qui me concerne, cela reste une soumission inconsciente liée à des siècles d’interprétations et de pratiques misogynes du Judaïsme.

Cacher sa beauté, sa séduction, ses atours signifie, pour moi, ne pas assumer ses attributs féminins.

Ces femmes sont malgré elles culpabilisées par le poids de la tradition et soumises au regard des autres.

A celle qui objecteraient que c’est vis à vis de D, je répondrais que « Respecter D peut se faire la tête découverte, les bras dénudés tel que D nous a conçu ».

La pureté familiale et la notion « d’impureté » ne peut être compatible avec la modernité. Les règles sont un signe de bonne santé et en aucun cas un signe d’impureté. La notion de pureté fait peser sur la femme « la responsabilité du foyer et la survie d’Israël ». Heureusement que le Mouvement juif libéral de France refuse aujourd’hui de qualifier la femme d’impure ces jour-là.

La Mehitsa, séparation de l’homme et de la femme dans la Synagogue consistoriale, ne correspond pas à cette idée de la modernité ni à un esprit d’égalité de l’homme et de la femme. Cela sépare dans un moment de réunion avec D, l’homme de la femme, le mari de son épouse, les enfants entre eux.

La non égalité devant le divorce religieux, alors que légalité dans le divorce civil est appliqué ne peut en aucun cas être un signe de modernité.

La tradition juive pourra être salutaire et créatrice lorsque les femmes auront obtenu l’égalité dans leur lieu de culte, lorsqu’elles auront la possibilité de devenir Rabbin si elles le souhaitent. Le Consistoire se plaint de ne pas disposer d’un nombre suffisant de rabbins pour les petites communautés, pourquoi ne pas ouvrir cette fonction aux femmes et ainsi pouvoir transmettre le Judaïsme dans les coins les plus reculés de France ?

Certains précédents égalitaires existent dans la tradition juive, le Judaïsme s’est écrit avec des femmes comme Esther, Judith, Abigaïl, Miriam. La résistance juive s’est écrit avec Hanna Senesh. L’histoire d’Israël, s’est écrit avec Goda Meir et s’écrit aujourd’hui avec Tsipi Livni, Colette Avital et toutes les femmes-soldats qui tombent sous les mêmes balles que les hommes. Alors je pense que le Judaïsme doit encore évoluer et doit accentuer sa révolution interne en s’ouvrant aux femmes. En leur laissant une place égalitaire dans les pratiques, dans l’étude et la transmission, dans les Institutions religieuses et communautaires. Lorsque je parle des Institutions, je ne réclame pas une place fictive, ni un rôle de figuration mais une véritable place avec des responsabilités égales.

Tant que le Judaïsme « officiel » français n’aura pas tendu vers cette égalité, les femmes juives ont un devoir d’insoumission afin de délivrer leur religion de ce carcan misogyne et patriarcal.

Paroles de femmes a été crée afin de créer un réseau solidaire avec des femmes d’autres religions ; Ensemble et luttant chacune dans nos religions respectives, pour l’égalité et l’abolition des lois misogynes, nous rendra plus fortes ; La cause des femmes est universelle et non communautaire.

Les violences ne sont pas juives, musulmanes, catholiques. Les coups ont la même puissance et réduisent les femmes à la même souffrance. La soumission dans les foyers, la contraception interdite aux femmes qui le désirent n’ont pas de religion et portent les mêmes stigmates de l’injustice.

La parole des femmes doit se libérer et sortir du noyau communautaire afin d’obliger les Instances religieuses à évoluer.

Il y a un proverbe oriental qui est probablement ancré dans les profondeurs de la psyché masculine :  » lorsqu’une femme dort seule, le diable dort avec elle « .

Olivia Cattan

Cette conférence a été filmée par Akadem
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Communiqués

Quand les femmes font entendre leur voie…

Pourquoi avoir organisé cet évènement ?

Il s’agit d’un grand rassemblement de femmes qui réunira juives, catholiques, musulmanes, protestantes mais aussi africaines, vietnamiennes, réfugiées du Darfour aux côtés de nombreuses associations (Club Jasmin, Femmes-débat et Société, le Collectif Urgence Darfour, le Bnai Brith France) et de personnalités (Marie-Claude Pietragalla, Amanda Sthers, Marek Halter, Eliette Abecassis etc) autour de tables rondes consacrées à toutes les thématiques modernes de la condition féminines. À l’heure ou les chiffres de l’antisémitisme ont augmenté en France, à l’heure où l’on se trouve confronté à une incertitude sur l’avenir de la France, l’objectif est de montrer que les femmes, quel que soit leur milieu socio-professionnel, religieux, ou ethnique sont en mesure de se rassembler pour dépasser leurs différences et faire entendre une voix différente.

Qu’entendez-vous par ’voix différente’ ?

Les femmes sont des mères et possèdent une responsabilité pour l’éducation des enfants. Elles peuvent par exemple influer de manière significative sur la délinquance qui représente un problème important en France, pourtant rien n’est fait pour faciliter leur vie de maman au sein de la société. Les femmes travaillent et ont donc un rôle économique important à jouer bien qu’elles pâtissent toujours de l’inégalité salariale, et d’une absence de parité au niveau politique. Enfin, les femmes souffrent toujours de violence conjugale en France, mais les outils juridiques restent faibles pour punir les auteurs de ces violences. Ces faits montrent que la situation de la femme avance et régresse en même temps. Nous devons donc faire comprendre aux responsables politiques que nous représentons un poids non négligeable dans la société. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai délibérément choisi la date du 7 mars pour organiser ce rassemblement, et non le 8 mars, car je trouve dommage et insuffisant que l’on ne consacre qu’une seule journée aux femmes.

Vouliez-vous utiliser cette période pré électorale, pour envoyer un signal fort aux candidats ?

Oui car je considère que le droit des femmes est en danger en France, un pays dans lequel une femme meurt tous les trois jours suite à des violences. Les candidats à la présidentielle doivent aujourd’hui s’engager plus fermement et plus concrètement envers les femmes, et c’est en organisant ce type de rassemblement que nous pouvons leur rappeler leurs responsabilités.

Quels types d’engagements espérez-vous des hommes politiques ?

La parité est un exemple type du manque de cohérence de la classe politique. Que ce soit à l’UMP ou à gauche, les responsables évoquent et réclament la parité politique dans pratiquement chacun de leur discours. Et alors qu’une loi a été votée dans ce sens*, ce sont ces mêmes responsables qui ne respectent pas la parité au sein des partis puisqu’ils préfèrent payer une taxe plutôt que de placer des femmes dans leur formation politique. Dans le domaine de la violence faites aux femmes, la loi n’est, là non plus, pas appliqué dans son intégralité (obligation faite au mari de quitter le domicile conjugal sous 24 h 00 et aides accordées à la femme violentée). Tout ceci nous montre l’importance de se fédérer afin de faire appliquer des lois qui sont, certes existantes, mais dont l’inapplication les prive de toute utilité. Lors de la soirée, nous profiterons d’ailleurs de la présence des représentants des principaux candidats aux présidentielle pour lancer le ’Pacte Femina Paroles de Femmes’ composé d’une liste de propositions concernant le droit des femmes.

Plus généralement, quel regard portez-vous sur le mouvement féministe ? N’a-t-il pas montré ses limites si l’on en croit vos constatations ?

Il faudrait presque trouver un nouveau mot pour évoquer le féminisme, car le féminisme de Simone Veil, Gisèle Halimi ou Elisabeth Badinter est un féminisme usé dans la mesure où les femmes ont obtenu depuis des dizaines d’années le droit de vote et le droit à la contraception. Pourtant lorsque l’on évoque le féminisme on en revient toujours à ces combats qui sont pourtant, et fort heureusement, gagnés depuis longtemps. Aujourd’hui, les femmes rencontrent d’autres problèmes qu’un ’néo féminisme’ définirait plus précisément.

À quels types de problèmes faites-vous allusion ?

L’inégalité salariale, ou encore la difficulté à concilier la vie de famille et professionnelle représente des embûches majeures dans la vie d’une femme moderne. Dès qu’une femme est mère, la réussite professionnelle devient une gageure que seules les plus obstinées parviennent à remporter, et à quel prix !

Peut-on considérer que les combats des femmes sont plus difficiles à mener aujourd’hui que par le passé ?

D’une certaine manière, oui, puisque lorsque l’on réclamait le droit de vote ou à l’avortement, il s’agissait de combats symboliques qui mobilisaient plus facilement l’opinion publique et dont les succès étaient très facilement mesurables. L’inégalité salariale, ou la difficulté à trouver une crèche sont des problèmes beaucoup plus délicats à contrôler sur le terrain.

Mais ne pensez-vous pas que les femmes portent également une part de responsabilité dans l’absence de progression ce que vous appelez le ’néo féminisme’ ?

C’est évident. Lorsque l’on regarde les magazines féminins actuels, qui étaient à l’origine porteurs de ce combat des femmes, on s’aperçoit que l’on évoque un combat de femmes dans les cités, ou en Irak, sans jamais parler du combat de toutes les femmes, et celles de France notamment. Les revues féminines préfèrent parler de sexe, de mode ou de psychologie, ce qui montre que les femmes ne parviennent manifestement pas à se faire entendre. Cela est du à une sorte d’apathie qui incite les femmes à se contenter de ce qu’elles ont sans qu’elles puissent espérer faire progresser leur vie au quotidien. Ce n’est que lorsque les femmes sont suffisamment concernées, par des violences par exemple, qu’elles trouvent la force d’agir. C’est un peu pareil dans le domaine de l’antisémitisme. Tant que l’on n’en souffre pas, on reste silencieux.

L’écart entre les hommes et les femmes s’est-il amenuisé avec le temps ? Contrairement à certaines associations qui prônaient un ultra féminisme, je pense qu’il n’y a pas d’un côté des femmes et d’un côté des hommes. Dans ma conception, les femmes peuvent être religieuses, avoir une vie de femme et de mère, être mère au foyer, et tout cela en parfait partenariat avec les hommes. C’est la raison pour laquelle je parle d’un ’néo féminisme’. Je pense simplement que ce partenariat doit être développé. Mais attention si l’on ne donne pas un coup de pied dans la fourmilière, on risque de reculer dans nos acquis.

C’est donc si grave ?

Oui lorsque l’on voit de plus en plus de jeunes femmes militer en faveur du port du voile, ou d’autres, critiquer le droit à l’avortement, j’en déduis qu’il faut être vigilant.

On sait que vous avez récemment milité en faveur des femmes juives divorcées qui se voient refuser le guet (acte de divorce religieux). L’action que vous menez au sein de votre association ’paroles de femmes’ est-elle bien accueillie par la communauté ? Après le livre conjointement écrit avec Kenza (’Femmes en colère’), j’ai reçu de nombreux témoignages de femmes juives qui ne se reconnaissaient pas dans les associations féministes déjà existantes et qui nous demandaient de pousser un peu plus loin le débat. La création de l’association a représenté un aboutissement logique. D’importantes personnalités de tout bord nous ont soutenus et dernièrement, suite à une rencontre avec le président du consistoire de Paris, deux femmes du consistoire ont accepté de devenir vice présidentes de l’association. L’une d’entre elles est Murielle Schor, administratrice du Consistoire de Paris et conseillère du XVIIe arrdt de Paris. Le nom de la seconde sera révélé lors de la soirée du 7 mars. Concernant le combat des femmes au sein de la communauté, je considère qu’il y a encore beaucoup à faire. Pourquoi ne pas envisager une femme présidente du CRIF par exemple ?

Par Caroll Azoulay pour Guysen Israël News.

*La loi dite sur « la parité » du 6 juin 2000 vise à favoriser l’accès des femmes aux fonctions électives. Elle contraint les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes pour les élections régionales, municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus), sénatoriales (à la proportionnelle) et européennes. Elle prévoit aussi de pénaliser financièrement les partis ou groupements politiques qui ne respectent pas le principe de parité lors de la désignation des candidats pour les élections législatives.

’1 000 Femmes pour l’égalité et la diversité’ Mercredi 7 Mars 2007 de 16h30 à 21 h Aux Salons Vianey, 98 Quai de la Râpée, 75012 Paris Métro : Quai de la Râpée

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Communiqués

Le statut de la femme en débat dans le judaïsme

D’après le droit juif fondamental, en effet, une femme divorcée civilement ne peut pas vivre maritalement avec un autre homme sans avoir obtenu une reconnaissance de divorce religieux, au risque sinon d’être qualifiée d’adultère et de voir son éventuelle descendance de second lit considérée comme « mamzer » (bâtarde) par la loi juive. Ces enfants, n’étant pas reconnus comme juifs, sont alors obligés de faire une démarche de « conversion » au judaïsme. « Urgence à résoudre ce scandale »

La femme juive est donc dépendante d’un divorce religieux en bonne et due forme. Cela donne lieu, parfois, à des chantages du mari. « Des amies qui sont en train de divorcer doivent négocier leur “guèt” 10 000 € », raconte Olivia Cattan. Si l’homme refuse obstinément de délivrer le guèt ou s’il disparaît, la femme se retrouve agounot, c’est-à-dire enchaînée, dans l’interdiction de contracter un nouveau mariage religieux.

« Actuellement, dans le monde, plusieurs dizaines de milliers de femmes juives sont piégées par cette situation », estime le rabbin parisien Rivon Krygier, de la communauté Adath-Shalom, dans le mensuel juif L’Arche (2). Il y a donc « urgence à résoudre ce scandale », selon Joëlle Bernheim, épouse du rabbin orthodoxe Gilles Bernheim, qui s’exprime dans ce même dossier consacré à l’égalité de l’homme et de la femme dans le judaïsme.

Avec le soutien de l’association Paroles de femmes, Olivia Cattan a lancé à l’automne dernier une pétition en faveur de « l’égalité hommes-femmes dans notre société comme dans nos religions », demandant notamment que les femmes juives puissent « disposer en toute égalité du droit de divorcer » (La Croix du 8 novembre 2006). « Il faut voir si les grands rabbins pourront accepter cela »

En quelques semaines, la pétition reçoit 430 signatures dont celles d’Isabelle Adjani, Rika Zaraï, Élisabeth Badinter, Marek Halter, mais aussi Corinne Lepage, Marie-Claude Pietragalla ou Luc Ferry. La jeune femme, particulièrement dynamique, est également en lien avec des personnalités comme Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, ou l’historien Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris.

Son combat a fait l’objet d’articles dans la presse israélienne. Et ces jours-ci, elle est invitée à Bruxelles, à une rencontre de rabbins nord-américains et européens. Elle doit aussi prochainement rencontrer Dalil Boubakeur, qui aimerait fonder un mouvement de femmes dans le cadre de la Grande Mosquée de Paris.

Au sein du consistoire israélite, les choses avancent également. Fin décembre, Olivia Cattan a été reçue par Joël Mergui, président du consistoire de Paris, et lui a proposé une idée du comité de réflexion de Paroles de femmes pour résoudre le problème du divorce religieux : avant le mariage, le futur époux prendrait l’engagement, sous la forme d’un acte consistorial, de remettre en cas de divorce civil le libellé de divorce religieux à sa femme.

Ce consentement prénuptial serait octroyé par le futur mari sans conditions et de manière irrévocable. « Il faut voir maintenant si les grands rabbins pourront accepter cela », sourit la jeune femme, qui souligne son souci de voir respecter les lois de la république et de rester fidèle à la halakha (loi juive) : « Il ne s’agit pas de changer la loi juive, mais de la contourner, comme on l’a fait pour la polygamie. » Et de rappeler que la polygamie, religieusement autorisée chez les juifs d’Afrique du Nord jusque dans les années 1950, a cessé non par un interdit, mais parce que les rabbins l’ont déconseillée. « Que ces femmes prennent leur destin en main. »

De même, Olivia Cattan a abordé devant Joël Mergui la question de la séparation entre hommes et femmes dans les synagogues orthodoxes. Une séparation (mehitsa) qui cantonne souvent les femmes dans des lieux exigus, où elles ne voient et n’entendent pas grand-chose.

« J’ai proposé que, lors de la construction de nouvelles synagogues, on prenne modèle sur les édifices orthodoxes de Bruxelles où il n’y a pas de séparation entre les hommes devant et les femmes derrière », poursuit-elle, précisant que cette mehitsa ne vient pas de la Torah, mais d’une coutume introduite au XIIe siècle.

Amenée à rencontrer les communautés juives orthodoxes en Allemagne, en Belgique ou en Grande-Bretagne, Olivia Cattan découvre que, dans ces pays, les femmes juives bénéficient davantage du soutien des rabbins. « En France, le judaïsme est l’un des plus fermés », regrette-t-elle, avant d’ajouter que les choses bougent vite : « Il y a un an, une telle rencontre pour évoquer ces sujets avec un rabbin du consistoire était difficile ! »

Quant aux lois liées à la pureté familiale, qui imposent entre autres aux femmes de certaines communautés d’obtenir l’autorisation de leur rabbin avant de se faire prescrire un contraceptif par leur médecin, la jeune femme sait qu’il s’agit de questions délicates, sur lesquelles il n’est pas possible de mobiliser massivement. « J’aimerais seulement faire comprendre aux femmes concernées que c’est à elles de s’émanciper, insiste-t-elle. Que ces femmes prennent leur destin en main. »

Claire LESEGRETAIN

(1) « Deux femmes en colère » Ramsay, 220 p., 16 €. (2) Dossier « La femme juive est-elle l’égale de l’homme juif ? », dans L’Arche n° 583, novembre 2006 (le numéro : 6 €).

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