Quand les femmes font entendre leur voie…

Pourquoi avoir organisé cet évènement ?

Il s’agit d’un grand rassemblement de femmes qui réunira juives, catholiques, musulmanes, protestantes mais aussi africaines, vietnamiennes, réfugiées du Darfour aux côtés de nombreuses associations (Club Jasmin, Femmes-débat et Société, le Collectif Urgence Darfour, le Bnai Brith France) et de personnalités (Marie-Claude Pietragalla, Amanda Sthers, Marek Halter, Eliette Abecassis etc) autour de tables rondes consacrées à toutes les thématiques modernes de la condition féminines. À l’heure ou les chiffres de l’antisémitisme ont augmenté en France, à l’heure où l’on se trouve confronté à une incertitude sur l’avenir de la France, l’objectif est de montrer que les femmes, quel que soit leur milieu socio-professionnel, religieux, ou ethnique sont en mesure de se rassembler pour dépasser leurs différences et faire entendre une voix différente.

Qu’entendez-vous par ’voix différente’ ?

Les femmes sont des mères et possèdent une responsabilité pour l’éducation des enfants. Elles peuvent par exemple influer de manière significative sur la délinquance qui représente un problème important en France, pourtant rien n’est fait pour faciliter leur vie de maman au sein de la société. Les femmes travaillent et ont donc un rôle économique important à jouer bien qu’elles pâtissent toujours de l’inégalité salariale, et d’une absence de parité au niveau politique. Enfin, les femmes souffrent toujours de violence conjugale en France, mais les outils juridiques restent faibles pour punir les auteurs de ces violences. Ces faits montrent que la situation de la femme avance et régresse en même temps. Nous devons donc faire comprendre aux responsables politiques que nous représentons un poids non négligeable dans la société. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai délibérément choisi la date du 7 mars pour organiser ce rassemblement, et non le 8 mars, car je trouve dommage et insuffisant que l’on ne consacre qu’une seule journée aux femmes.

Vouliez-vous utiliser cette période pré électorale, pour envoyer un signal fort aux candidats ?

Oui car je considère que le droit des femmes est en danger en France, un pays dans lequel une femme meurt tous les trois jours suite à des violences. Les candidats à la présidentielle doivent aujourd’hui s’engager plus fermement et plus concrètement envers les femmes, et c’est en organisant ce type de rassemblement que nous pouvons leur rappeler leurs responsabilités.

Quels types d’engagements espérez-vous des hommes politiques ?

La parité est un exemple type du manque de cohérence de la classe politique. Que ce soit à l’UMP ou à gauche, les responsables évoquent et réclament la parité politique dans pratiquement chacun de leur discours. Et alors qu’une loi a été votée dans ce sens*, ce sont ces mêmes responsables qui ne respectent pas la parité au sein des partis puisqu’ils préfèrent payer une taxe plutôt que de placer des femmes dans leur formation politique. Dans le domaine de la violence faites aux femmes, la loi n’est, là non plus, pas appliqué dans son intégralité (obligation faite au mari de quitter le domicile conjugal sous 24 h 00 et aides accordées à la femme violentée). Tout ceci nous montre l’importance de se fédérer afin de faire appliquer des lois qui sont, certes existantes, mais dont l’inapplication les prive de toute utilité. Lors de la soirée, nous profiterons d’ailleurs de la présence des représentants des principaux candidats aux présidentielle pour lancer le ’Pacte Femina Paroles de Femmes’ composé d’une liste de propositions concernant le droit des femmes.

Plus généralement, quel regard portez-vous sur le mouvement féministe ? N’a-t-il pas montré ses limites si l’on en croit vos constatations ?

Il faudrait presque trouver un nouveau mot pour évoquer le féminisme, car le féminisme de Simone Veil, Gisèle Halimi ou Elisabeth Badinter est un féminisme usé dans la mesure où les femmes ont obtenu depuis des dizaines d’années le droit de vote et le droit à la contraception. Pourtant lorsque l’on évoque le féminisme on en revient toujours à ces combats qui sont pourtant, et fort heureusement, gagnés depuis longtemps. Aujourd’hui, les femmes rencontrent d’autres problèmes qu’un ’néo féminisme’ définirait plus précisément.

À quels types de problèmes faites-vous allusion ?

L’inégalité salariale, ou encore la difficulté à concilier la vie de famille et professionnelle représente des embûches majeures dans la vie d’une femme moderne. Dès qu’une femme est mère, la réussite professionnelle devient une gageure que seules les plus obstinées parviennent à remporter, et à quel prix !

Peut-on considérer que les combats des femmes sont plus difficiles à mener aujourd’hui que par le passé ?

D’une certaine manière, oui, puisque lorsque l’on réclamait le droit de vote ou à l’avortement, il s’agissait de combats symboliques qui mobilisaient plus facilement l’opinion publique et dont les succès étaient très facilement mesurables. L’inégalité salariale, ou la difficulté à trouver une crèche sont des problèmes beaucoup plus délicats à contrôler sur le terrain.

Mais ne pensez-vous pas que les femmes portent également une part de responsabilité dans l’absence de progression ce que vous appelez le ’néo féminisme’ ?

C’est évident. Lorsque l’on regarde les magazines féminins actuels, qui étaient à l’origine porteurs de ce combat des femmes, on s’aperçoit que l’on évoque un combat de femmes dans les cités, ou en Irak, sans jamais parler du combat de toutes les femmes, et celles de France notamment. Les revues féminines préfèrent parler de sexe, de mode ou de psychologie, ce qui montre que les femmes ne parviennent manifestement pas à se faire entendre. Cela est du à une sorte d’apathie qui incite les femmes à se contenter de ce qu’elles ont sans qu’elles puissent espérer faire progresser leur vie au quotidien. Ce n’est que lorsque les femmes sont suffisamment concernées, par des violences par exemple, qu’elles trouvent la force d’agir. C’est un peu pareil dans le domaine de l’antisémitisme. Tant que l’on n’en souffre pas, on reste silencieux.

L’écart entre les hommes et les femmes s’est-il amenuisé avec le temps ? Contrairement à certaines associations qui prônaient un ultra féminisme, je pense qu’il n’y a pas d’un côté des femmes et d’un côté des hommes. Dans ma conception, les femmes peuvent être religieuses, avoir une vie de femme et de mère, être mère au foyer, et tout cela en parfait partenariat avec les hommes. C’est la raison pour laquelle je parle d’un ’néo féminisme’. Je pense simplement que ce partenariat doit être développé. Mais attention si l’on ne donne pas un coup de pied dans la fourmilière, on risque de reculer dans nos acquis.

C’est donc si grave ?

Oui lorsque l’on voit de plus en plus de jeunes femmes militer en faveur du port du voile, ou d’autres, critiquer le droit à l’avortement, j’en déduis qu’il faut être vigilant.

On sait que vous avez récemment milité en faveur des femmes juives divorcées qui se voient refuser le guet (acte de divorce religieux). L’action que vous menez au sein de votre association ’paroles de femmes’ est-elle bien accueillie par la communauté ? Après le livre conjointement écrit avec Kenza (’Femmes en colère’), j’ai reçu de nombreux témoignages de femmes juives qui ne se reconnaissaient pas dans les associations féministes déjà existantes et qui nous demandaient de pousser un peu plus loin le débat. La création de l’association a représenté un aboutissement logique. D’importantes personnalités de tout bord nous ont soutenus et dernièrement, suite à une rencontre avec le président du consistoire de Paris, deux femmes du consistoire ont accepté de devenir vice présidentes de l’association. L’une d’entre elles est Murielle Schor, administratrice du Consistoire de Paris et conseillère du XVIIe arrdt de Paris. Le nom de la seconde sera révélé lors de la soirée du 7 mars. Concernant le combat des femmes au sein de la communauté, je considère qu’il y a encore beaucoup à faire. Pourquoi ne pas envisager une femme présidente du CRIF par exemple ?

Par Caroll Azoulay pour Guysen Israël News.

*La loi dite sur « la parité » du 6 juin 2000 vise à favoriser l’accès des femmes aux fonctions électives. Elle contraint les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes pour les élections régionales, municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus), sénatoriales (à la proportionnelle) et européennes. Elle prévoit aussi de pénaliser financièrement les partis ou groupements politiques qui ne respectent pas le principe de parité lors de la désignation des candidats pour les élections législatives.

’1 000 Femmes pour l’égalité et la diversité’ Mercredi 7 Mars 2007 de 16h30 à 21 h Aux Salons Vianey, 98 Quai de la Râpée, 75012 Paris Métro : Quai de la Râpée

Rédigé par Laura Cattan
Porte Parole de l'association PAROLES DE FEMMES